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jeudi 1 juin 2017 à 11:20

Rencontre – Il est le curé des paroisses Saint Luc et Saint Marc, un homme de foi à la parole qui donne à réfléchir

La confession du père Bernard Binon



 

Il est originaire d’Amiens, comme Emmanuel Macron, le président de la République. Là s’arrête la comparaison avec le père Binon, curé à Saint-Vallier. Si, encore une, «le président est marié a une femme qui a 24 ans de plus que lui et moi j’ai des fidèles qui ont 24 ans et plus que moi ».

A 58 ans, le père Binon est un homme de Dieu qui a une lecture de la liturgie bien à lui. Pas de langue de bois, pas de faux-semblants même devant le Seigneur qui le jour venu, saura accueillir les siens et Bernard Binon, n’en doutons point, figure déjà en bonne place.

L’élu de Dieu n’a donc pas sa langue dans la poche. Il parle ouvertement. Il est de ces prêtres qui dénoncent l’immobilisme dans leur diocèse et lui sans doute plus que d’autres. Ici, à Saint-Vallier, « je me considère en pénitence » lance-t-il à brûle-pourpoint. Mais diable, quel péché a-t-il bien pu commettre ? Est-il un curé fraudeur comme d’autres peuvent l’être en politique ?

Un curé qui s’interroge sur l’avenir humain du Bassin minier

A bien l’écouter, Bernard Binon ne fait que constater une dégradation certaine de sa vie apostolique. Lui, le berger, se retrouve bien seul au milieu de son troupeau famélique. A quoi se résume aujourd’hui son sacerdoce dans les paroisses Saint Luc (Saint-Vallier et ses environs) et Saint Marc (Blanzy et ses environs), soit une douzaine de clochers ? A des enterrements, 180 dans l’année, des messes à droite à gauche, des visites aux maisons de retraite… et « seulement sept professions de foi la semaine dernière à Saint-Vallier, c’est pitoyable » souligne, exacerbé, monsieur le curé.

« Même aux enterrements ils ne savent pas réciter le Notre Père ». A le croire, ce n’est pas une question de foi mais de vitalité du Bassin minier. « Quel est son avenir humain » ? questionne-t-il. Il s’en remet à l’histoire, celle des mineurs, à cette lente descende aux enfers à travers Germinal de Zola, à ces sous prolétariats qui descendaient dans la mine, ne voyaient le jour que le dimanche sans même avoir le temps de penser à quoi que ce soit et évoquer ainsi la pénible et réelle dégradation de l’emploi et ses conséquences sur la vie d’aujourd’hui. Ce n’est plus une terre promise mais une terre qui se meurt.

A la recherche d’un projet motivant

Après son séminaire à Paray-le-Monial, des études à Rome, son ordination à Autun en 1988 _ « A cette époque nous étions plus de quatre cents prêtres dans le diocèse, aujourd’hui nous sommes cent vingt-quatre » _ , le père Binon a connu de belles années, « mais elles sont terminées ». Fini le temps des camps, des pèlerinages, des voyages à Rome ou en Pologne, des soirées à danser. Le temps a suspendu son vol sur le Bassin minier, « les meilleurs prêtes sont partis dans des diocèses plus dynamiques, « là où il existe un projet, où on ne se contente pas seulement d’administrer, où on prend le temps de réfléchir et de penser » lâche le curé. « La spiritualité ne répond pas à tout ».

Alors Bernard Binon prend son mal en patience, « mais je ne vais pas continuer dans un diocèse qui n’a pas de projet ». En attendant, il poursuit des études à Lyon notamment sur le droit canonique. « Je me fixe des objectifs pour ne pas foutre le camp, car je n’ai plus aucun poids, je n’ai plus de troupe, je ne représente plus rien ».
A 58 ans, le père Binon est en pleine forme. « J’ai du punch à revendre ». Aussi espère-t-il qu’une main le guidera vers d’autres cieux (lieux) plus conforment à ses attentes. « Je ne suis pas découragé, pas déprimé non plus mais ici, je ne vois pas ce qu’il faut faire ». Saint-Vallier n’était pas son choix, heureusement sa foi n’a pas de frontière.

Jean Bernard

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