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mardi 24 mars 2026 à 05:51

Énergie : « On nous dit que tout va bien »… Mais qui paie vraiment la facture ?



Photo d’archives d’une visite d’Arnaud Montebourg

à Francéole au Creusot en février 2013 

 

Sur le plateau de BFM, le face-à-face, côte à côte, entre Arnaud Montebourg, ancien ministre, et Henri Proglio, ancien Président de Véolia et d’EDF, a mis des mots sur un sentiment de plus en plus répandu : celui de Français qui ont l’impression de payer toujours plus… pour un système qu’on leur présente comme une réussite.

Dans les territoires populaires et industriels, ce malaise est encore plus palpable.
Et dans le bassin minier, il devient une évidence quotidienne.

 

Le « débat » s’attaque à une présentation trompeuse. Henri Proglio ne s’en prend pas aux chiffres, il fait retentir un coup de tonnerre, il s’attaque à leur mise en scène. Et son accusation est lourde. Pour lui, on donne aux Français une vision partielle de la réalité énergétique. On met en avant une électricité française très décarbonée, des progrès réels dans le renouvelable, mais on passe sous silence l’essentiel. Et cet essentiel, c’est que la France reste dépendante à près de 60 % des énergies fossiles. Là, ça change la donne de ce que l’on entend journellement sur les antennes. Autrement dit, oui, le système électrique est performant mais non, le système énergétique global ne l’est pas encore.

Les Montcelliens et Montcelliennes peuvent se rendre compte que cette nuance change tout.

 

D’abord il y a les chiffres officiels… qui disent autre chose quand on les regarde en entier. Les données publiques (RTE, ministère) confirment deux vérités : environ 95 % de l’électricité est bas carbone, mais la majorité de l’énergie consommée reste fossile. C’est contre-intuitif, mais à Montceau News on aime bien déchiffrer. Le problème n’est pas le chiffre, le problème est ce qu’on en fait. Car dans le discours politique, cela devient allègrement : « La France est décarbonée, nous sommes exemplaires. » Alors que, selon Arnaud Montebourg et Henri Proglio, la réalité est bien plus contrastée.

 

D’ailleurs, la Cour des comptes a posé un constat implacable. Et c’est ici que le débat change de dimension. Car ce que disent les juges de la Cour des comptes rejoint en partie les critiques… mais, bien entendu, avec la rigueur des chiffres publics. Il existe un coût massif, assumé par tous, des milliards d’euros de soutien chaque année, jusqu’à 120 à 140 milliards d’engagements cumulés. Mais, surtout, il existe des dépenses verrouillées sur des décennies.

 

Pour le commun des mortels cela peut s’apparenter à de la langue de bois, mais que nenni. La Cour des comptes pointe un système jugé mal piloté, des choix de priorités discutables, un pilotage insuffisant, une vision trop fragmentée.

Pour nous tous, en clair, cela signifie que l’on empile les dispositifs sans cohérence globale. Et là, le constat est brutal, la France a peu bénéficié industriellement du développement des renouvelables.   Dites donc, voilà une transition écolo… Sans industrie, ben alors ? On subventionne, mais on importe. C’est ce que dénonçait déjà Montebourg depuis longtemps. Voilà donc bien une transition qui peut appauvrir le pays si elle n’est pas structurée.

Immédiatement une question vient à l’esprit : « Qui paie ? » et dans le même temps surgit la réponse : « Toujours les mêmes. »

Et c’est bien là le cœur du ressentiment. Car derrière les milliards engagés, il y a des financeurs bien réels : le contribuable, l’usager, le client. Et ce sous différentes formes mais cumulatives : impôts, dette publique, factures d’énergie

Et ne nous y trompons pas, même les dispositifs de protection (bouclier tarifaire) sont eux-mêmes financés collectivement.

 

Pour le bassin minier, c’est la double peine. À Montceau-les-Mines et dans tout le bassin minier, ce débat n’a rien d’abstrait. Ici, les habitants cumulent la fermeture des activités industrielles, la perte d’emplois stables, la stagnation des revenus et en parallèle une énergie qui coûte de plus en plus cher.

Quand une usine, une centrale, ferme, comme celle de Lucy, ce n’est pas qu’un site, ce sont des salaires en moins, des commerces fragilisés, une base fiscale qui s’effondre, un côut de l’énergie qui progresse sans cesse. Et pourtant les impôts, eux, restent, les factures, elles, augmentent

 

Pour les Montcelliens et Montcelliennes, les Français et Françaises, qui ont suivi l’émission, le sentiment d’injustice s’exacerbe. C’est ce qui ressort le plus fortement, c’est souvent dans les conversations : « On nous demande de payer pour une transition… dont on ne voit pas les bénéfices. » et dans le même temps, le discours officiel martèle que tout va dans le bon sens, que le système est vertueux, que les efforts sont nécessaires

Ce qui est vrai… en partie. Mais vécu comme déconnecté. Pendant des décennies, la centrale thermique de Lucy n’était pas qu’un site industriel.
Elle était un pilier du bassin minier, un prolongement du travail des mineurs, et une garantie concrète pour tout un territoire.

Cette centrale jouait un rôle stratégique. Elle permettait d’écrêter les pics de consommation, elle contribuait à sécuriser l’approvisionnement électrique, elle participait à maintenir un prix de l’électricité stable et supportable.

Elle incarnait une époque où le territoire produisait ce qu’il consommait, où l’énergie était un outil de souveraineté locale et où les habitants voyaient directement les retombées économiques. Sa disparition n’a pas seulement marqué la fin d’un site, elle a symbolisé un basculement d’un territoire producteur… à un territoire dépendant, d’un système maîtrisé… à un système subi. Et aujourd’hui, pour beaucoup d’habitants, le contraste est brutal : on ne produit plus ici… mais on paie toujours plus cher.

 

En fait, la vérité est plus dérangeante, dite par Henri Proglio et Arnaud Montebourg, la réalité se trouve confirmée par la Cour des comptes, l’impact est double. Oui, la transition est indispensable, sortir des fossiles, sécuriser l’approvisionnement, limiter les coûts futurs. Mais elle est aujourd’hui coûteuse, mal organisée, inégalement répartie. Et surtout trop mal expliquée.

 

Ce que révèlent Montebourg et Proglio, chacun à leur manière, entre discours et réalité, ce n’est pas une fraude, non, c’est un biais : on met en avant les réussites, on minimise les failles, on évite de parler du coût réel

 

 Et on aboutit à une fracture qui s’élargit. De ce fait, dans les territoires comme le bassin minier, une conviction s’installe : « le système énergétique se transforme… mais pas en notre faveur », point à la ligne. Et tant que les coûts seront supportés localement, que les bénéfices resteront invisibles, que le discours restera partiel, la défiance continuera de grandir.

La transition énergétique française n’est ni un mensonge, ni une réussite totale : c’est une transformation nécessaire… dont la facture est aujourd’hui payée de manière profondément inégale.

 

Ce débat, côte à côte, a pu déciller les yeux des habitants du bassin minier, sinon Montceau News entend permettre à chacun de se faire son opinion et de comprendre ce qui se passe.

 

Gilles Desnoix

 

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