Bonnes résolutions : cette année, on va encore y croire très fort.
L’auteur de cet article tient à préciser qu’il n’a appliqué, n’applique pas et n’appliquera probablement jamais aucune des bonnes résolutions évoquées ci-dessous. Il écrit ces lignes depuis un territoire où l’on aime la bonne chère, les plaisirs simples, les tablées généreuses et les troisièmes mi-temps, le bassin minier de Montceau-les-Mines, pour ne pas le nommer. Ici, on sait profiter, rire, bien manger… tout en étant étonnamment sportif, vaguement zen et parfaitement lucide sur soi-même. Ce texte est donc une tentative honnête de se moquer des résolutions de début d’année avant qu’elles ne se moquent, une fois encore, de nous.
Les bonnes résolutions fonctionnent en deux phases : l’enthousiasme du 1ᵉʳ janvier, la lucidité du 15.
Chaque 1ᵉʳᵉʳ janvier, à minuit pile, alors que le champagne n’a pas encore fini de faire semblant d’être festif et que les cotillons jonchent le sol comme des regrets colorés, il se passe quelque chose d’extraordinaire : nous devenons soudainement des gens bien.
Minuit une. C’est acté. Nous avons évolué. Nous voilà raisonnables, sportifs, organisés, hydratés, équilibrés émotionnellement et vaguement sages. L’année précédente ? Une erreur de parcours. Une mauvaise version. Un nous provisoire, manifestement.
Les bonnes résolutions arrivent alors, impeccables, alignées, toujours les mêmes. En tête du peloton, nous trouvons tout frétillant le sport. Pas question de “commencer”. Nous allons nous y remettre. Comme si nous sortions d’une courte convalescence après une brillante carrière athlétique interrompue par Netflix et la livraison à domicile. On parle d’objectifs. De discipline. De motivation durable.
On achète des chaussures très techniques, conçues pour courir longtemps… ou rester impeccables dans un placard.
Deuxième grande promesse qui se présente, immanquablement, manger mieux.
Dans ce cas de figure, il faut comprendre que nous allons faire la guerre au sucre, au gras, à l’alcool et à toute source de joie immédiate. Le vocabulaire change. Des termes étranges font leur apparition comme “Quinoa”, “légumes vapeur”, “sans”. Beaucoup de “sans”. On annonce qu’on va “écouter son corps”. Le corps répond clairement. On ne l’écoute pas.
Bien sûr, le 1ᵉʳ janvier ne compte pas, c’est encore les fêtes. D’ailleurs le 2 non plus, parce qu’il reste de la galette, ni le 3 qui tombe en 2026 un samedi, et chacun sait qu’on ne commence jamais une nouvelle vie un samedi, début de weekend. De la discipline, ou, mais il faut savoir être raisonnable.
Forcément en troisième vient ensuite la résolution numérique : moins d’écrans. Celle-là est généralement proclamée sur un téléphone, publiée sur un réseau social et validée par une communauté tout aussi décidée… à ne rien changer. Cette année, on va lire. Des livres. Des vrais. Épais, sérieux, très photogénique sur une table basse. Juré, craché, croix de bois, croix de fer…
Un autre engagement, très noble celui-ci, consiste à se promettre, et aux autres aussi car ça ne mange pas de pain, de devenir plus zen. Respirer. Lâcher prise. Relativiser. Devenir cette personne calme qui ne s’énerve plus pour rien. Le 2 janvier, quelqu’un répond “vu” sans commenter, ni dialoguer. Que veut dire cette concision suspecte ? La zénitude décède officiellement à 8 h 14.
Évidemment, nous allons aussi mieux gérer notre temps. Finis les retards, la procrastination et les “j’avais complètement oublié”. Nous devenons des gens à agenda. Avec des codes couleur. Des rappels. Et une capacité admirable à ignorer tout cela avec méthode.
Et puis, cerise dans le mon chéri, il y a les vœux. Ces phrases solennelles, répétées en boucle, sans conviction excessive mais avec une sincérité de façade parfaitement rodée. “Bonne année, surtout la santé”, sans ajouter « la goutte au nez », sous-entendu : pour le reste, on verra bien.
On souhaite le bonheur, la réussite, l’épanouissement. On promet de se revoir à des gens que l’on évite déjà subtilement depuis six mois. On y croit, sincèrement. Pendant quelques heures.
Puis janvier avance, le sablier est impitoyable, les résolutions se fatiguent, le réel reprend ses droits, les chaussures de sport observent la scène depuis leur boîte.
Et sans bruit, sans drame, nous revoilà exactement nous-mêmes. Un peu lucides, beaucoup indulgents, experts en bonnes intentions non tenues. Eh, les autres ne font pas mieux, dites donc !
Mais rassurons-nous : nous, bien sûr, nous ne sommes pas comme ça. Nous, on a juste réfléchi.
Les autres ? Ils exagèrent.
Au fond, les bonnes résolutions ne sont pas faites pour être tenues. Elles sont là pour nous rassurer, nous donner l’illusion d’un contrôle passager, un petit vernis de vertu avant le retour au désordre habituel. Et puis c’est très bien comme ça.
Après tout, à quoi bon changer réellement, quand on peut recommencer à promettre ?
C’est moins fatigant, beaucoup plus convivial, et parfaitement recyclable d’une année sur l’autre.
Sur ce, excellente année à toutes et à tous. Surtout la santé, pour le reste… On en reparlera en janvier prochain.
Gilles Desnoix



