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jeudi 3 janvier 2013 à 05:47

Troisième épisode du conte de Noël « Le Cadeau »

Par H. Ruben



 

Notre ami H. Ruben, nous a adressé un texte où il fait toujours autant preuve d’humour décalé mais non dénué d’un certain bon sens ; jugez-en par vous même.

 

 

 

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Nous avons passé le Bout de l’An et, puisque vous avez fait des promesses réalistes à tenir, je vous propose la troisième et dernière partie de la nouvelle d’Aimée Marsel.
On peut retrouver les deux premiers épisodes sur le site ci-dessous :

 

 

http://montceau-news.com/montceau_et_sa_region

 

 

H. RUBEN

 

 

 

 

Déjà cinq heures, le ciel s’assombrissait et Bernard n’était pas encore rentré des courses. La radio, toujours allumée depuis le matin, commençait à se faire oublier ; ou plutôt, le babil de l’animateur et la banalité des interlocuteurs faisaient un matelas sonore qui permettait un isolement propice au songe. Seul, le bandeau lumineux du poste, avec ses diodes rouges et vertes, éclairait l’angle du salon et cet horrible tableau, hérité de tante Mathilde, représentant le Canal du Nivernais en automne, était heureusement invisible. Bernard y tient à ce souvenir : des eaux grises, des aulnes décharnés qui tordent leurs branches vers le plomb du ciel.

 

 

Après la chanson, l’animateur lança le thème suivant et présenta les spécialistes autoproclamés qui allaient commenter le sujet du moment : la fièvre acheteuse, cette frénésie qui était supposée s’emparer des humains dès que des guirlandes hideuses s’emparaient des premiers étages des maisons dans les rues commerçantes, que des avatars vêtus de rouge à barbe blanche, modèles supposés de Père Noël  se déhanchaient dans une cacophonie de « jingle bell ».

 

 

Au travers du rideau, Jeannette regardait sans voir l’animation dans la rue, en bas de chez elle. Le mélange de lumières de toutes sortes, diffractées par les gouttes de brouillard, créait des halos blanchâtres  qui combattaient l’obscurité de l’appartement.  Son esprit s’envola, tournoya au-dessus des toits, s’imprégna de l’odeur humide de la ville, mélange de vapeurs d’essence, de la fumée des cheminées, de l’haleine des passants. Juliette était devenue cette odeur, elle n’était plus qu’une sensation. Elle s’assit machinalement sur le petit fauteuil, près de la cheminée. Sa pensée redescendit, l’investit à nouveau et Jeannette ressentit à nouveau cet agacement familier.

 

Elle frissonna et s’aperçut que la cheminée était près de s’éteindre. A contrecœur, elle se leva du fauteuil pour aller dans le vestibule, chercher quelques bûches dans le panier. Bernard l’avait regarni hier soir. Il avait fallu qu’elle insiste, comme à l’accoutumée, une sorte de jeu entre eux.

 

 

Elle voulait les choses faites tout de suite, lui les voulait faire à son rythme. Elle bascula l’interrupteur, la lumière éclatante repoussa l’obscurité dans la rue. Un regard à la pendule. Cinq heures et quart. Machinalement, en passant, elle redressa le tableau au-dessus de la commode où elle rangeait le carnet. En général dans les romans policiers, alors que l’enquête piétine, que le détective s’apprête à rentrer bredouille, un indice apparaît fort à propos.

 

 

Et voilà que du tableau redressé, un papier plié en quatre, tomba. Elle le ramassa et sourit en reconnaissant le dessin et la patte du dessinateur. En vacances chez leurs grands-parents, ses petits-enfants ne cessaient de faire des surprises ou des cadeaux : le plus souvent des dessins au feutre avec leur signature maladroite en lettres bâtons sur une feuille. Puis ils la pliaient et l’enveloppaient dans une autre feuille de papier et encore parfois dans une autre « Tiens Mamie, c’est pour toi ! » Jeannette revoyait le regard illuminé de bonheur qu’avait eu Jonathan ce jour-là. Le même bonheur simple qu’offrir dans son poing fermé trois ou quatre fleurs flétries de boutons d’or ramassées dans la friche du fond du jardin. Le stupide slogan proclamé platement par les affiches des distributeurs inexpressifs des fêtes foraines prenait à ces moments-là tout son sens « Plaisir d’offrir, joie de recevoir ». Ensemble, Jonathan et  sa grand-mère l’avaient dissimulé derrière le cadre puis oublié.

 

 

 Jeannette venait de vivre un grand moment de fraîcheur, ce cadeau l’avait rajeunie d’une dizaine d’année. Finie la mauvaise humeur de la troisième semaine de décembre, elle s’installa au salon, posa sur la table basse devant elle les catalogues, prospectus et autres publicités qui emplissaient la boîte aux lettres depuis le début du mois, chaussa ses lunettes, sortit le carnet du tiroir supérieur et se mit en quête d’un cadeau original mais pas trop cher pour son beau-frère, le mari de Juliette. Et si l’inspiration lui venait, elle lui écrirait une nouvelle.              

 

 

Et la cheminée s’éteignit doucement.

 

 

 

Aimée MARSEL

 

Le Cadeau (Fin)

 

 

 

 

 

 

 



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