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mardi 21 juillet 2026 à 05:52

Droit a l’aide a mourir : pourquoi ai-je vote contre ?



 

 

Communiqué :

« Le 16 juillet, l’Assemblée nationale a définitivement adopté avec un écart resserré la proposition de loi sur la fin de vie. Ce texte nous a été initialement présenté comme une loi d’exception ne visant qu’un nombre restreint de malades en fin de vie dont la douleur ne pouvait pas être soulagée. Sous cet angle, j’aurais pu comprendre dans des situations exceptionnelles les arguments des partisans de cette réforme. Mais la réalité est tout autre. Il concernera en réalité un public beaucoup plus large, ouvrant la porte à d’inévitables dérives.

 L’audition des personnels soignants, médecins, infirmiers, a confirmé qu’environ 3% des malades intégrant un service de soins palliatifs souhaitent en finir avec la vie ; après une semaine, ils ne sont plus que 0,3% à manifester le désir de quitter ce monde. Dès lors que la douleur est apaisée, que le malade est entouré, accompagné, il n’appelle plus la mort. L’urgence n’était donc pas de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté mais de doter chaque département de services de soins palliatifs ; aujourd’hui 19 départements en sont dépourvus. Nous avons certes voté leur déploiement sur tout le territoire national mais la couverture complète de celui-ci ne sera atteinte qu’en 2034 alors que le droit à l’aide à mourir pourrait être effectif dès le début de 2027.  Sans accès aux soins palliatifs, l’euthanasie et le suicide assisté seront un choix par défaut.

 

Les partisans voient dans ce droit au suicide assisté, à l’euthanasie une avancée pour la liberté individuelle. Pour ma part, je déplore un changement de société dans laquelle il est désormais possible de déléguer très facilement aux autres le soin de mettre fin à sa vie.  

En Belgique et au Canada, où existe déjà ce droit, un délai de réflexion respectivement d’1 et de 3 mois est imposé. En France, la loi est beaucoup plus expéditive puisque la personne pourra confirmer son souhait de mourir dans un délai allant de 48h à 17 jours maximum. Il sera beaucoup plus rapide de passer de vie à trépas qu’obtenir un rendez-vous chez son médecin ; et il sera possible de mourir ainsi dans tous lieux où  des soignants seront présents, notamment dans les EHPAD, les unités de soins palliatifs… ce qui suscite au sein de ces établissements de vives et légitimes inquiétudes éthiques. Comment en effet concilier le respect absolu de la vie humaine par le soin et l’accompagnement du malade jusqu’à son dernier souffle avec l’euthanasie ou le suicide assisté d’un être humain ?  

 

Pire, ce texte   n’exclut pas de manière générale les personnes atteintes de déficience intellectuelle, bafouant le principe fondamental du consentement libre et éclairé du patient. Seules les personnes dont le discernement est jugé gravement altéré ne pourront pas accéder à l’aide à mourir. Sur quels critères caractériser un discernement gravement altéré ?   

De plus, les majeurs sous tutelle qui n’ont pas le droit de voter ou de signer un chèque pourront, comble du sordide, eux aussi décider d’avoir recours à l’aide à mourir. 

Les Républicains ont défendu des centaines d’amendements visant à encadrer beaucoup plus strictement un texte qui autorise tous les abus. J’ai pu de justesse faire adopter un amendement refusant d’assimiler le décès par suicide assisté et euthanasie à une mort naturelle. Le Gouvernement et les partisans du texte auraient bien voulu invisibiliser ces futurs morts. Il s’en est fallu de 5 petites voix.

 

Au fil des 7 examens parlementaires de ce texte, l’écart entre les voix favorables et défavorables n’a cessé de se réduire, à mesure que les conséquences de cette réforme étaient débattues. Je regrette amèrement qu’un texte aussi important, qui marque une rupture anthropologique historique, n’ait pas fait l’objet d’un référendum. Sur un sujet de société aussi important, c’était aux Françaises et Français de se prononcer et de conférer ainsi une légitimité populaire au choix sorti des urnes.

 

Pour ma part, je continue de croire que la mission d’une société n’est pas d’institutionnaliser la mort, mais d’humaniser la vie jusqu’à son dernier instant. Notre devoir est de combattre la douleur, de développer les soins palliatifs, d’accompagner les familles, de soutenir les soignants et de rappeler à chacun que sa dignité ne dépend ni de son âge, ni de sa maladie, ni de sa dépendance. Nul ne devrait pouvoir retirer la vie d’autrui dans un Etat de droit. »

Josiane Corneloup, deputée de Saône-et-Loire, 2e circonscription

 

 






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