SAÔNE-ET-LOIRE, UNE HISTOIRE
Des chasseurs de Solutré aux portes de la Révolution : des millénaires d’histoire avant même d’avoir un nom, il suffit parfois de regarder une carte pour croire qu’elle a toujours existé.
La Saône-et-Loire est là, bien dessinée, avec Mâcon au sud, Chalon-sur-Saône plus au nord, Autun à l’ouest, Louhans à l’est, Charolles, Cluny, puis Le Creusot, Montceau-les-Mines et Gueugnon qui viendront beaucoup plus tard écrire une autre histoire.
Tout cela nous paraît aujourd’hui former un ensemble évident. Pourtant, avant 1790, personne n’est jamais né en Saône-et-Loire, n’y a vécu, n’en est parti. Et pour cause : elle n’existait pas.
Mais ce serait commettre l’erreur inverse que d’imaginer que quelques révolutionnaires ont pris en 1790 des territoires sans aucun rapport entre eux pour les enfermer arbitrairement dans une nouvelle frontière. Car bien avant d’être une circonscription administrative, notre territoire possédait déjà une logique géographique, de territoire de passage.
Entre les reliefs du Morvan et du Massif central à l’ouest, le Jura et les Alpes plus à l’est, entre les régions septentrionales de l’Europe et la vallée du Rhône conduisant vers la Méditerranée, hommes, marchandises, armées, religions, techniques et idées ont circulé pendant des millénaires.
Avant d’être une frontière, la future Saône-et-Loire fut donc un carrefour. Et son histoire commence infiniment plus tôt que son nom.
Les premiers feux sous la Roche. Il faut remonter très loin, bien avant les Gaulois, avant Rome, avant la France. Au pied de la Roche de Solutré, des hommes préhistoriques ont laissé des traces exceptionnelles de leur présence. Le site est fréquenté dès le Paléolithique moyen, par les Néandertaliens, puis connaît plusieurs occupations successives du Paléolithique supérieur, notamment aurignaciennes, gravettiennes, solutréennes et magdaléniennes. Les chasseurs y traquent notamment chevaux, rennes et autres grands animaux. Et Solutré est devenu bien davantage qu’un site archéologique local.
Les fouilles entreprises au XIXᵉ siècle y ont révélé une culture préhistorique si caractéristique qu’elle lui a donné son nom : le Solutréen, qui se développe approximativement entre 22 000 et 17 000 ans avant le présent.
Ses remarquables outils de silex, notamment les fameuses « feuilles de laurier », témoignent d’une maîtrise technique extraordinaire. Le nom d’un petit territoire qui deviendra un jour saône-et-loirien est ainsi entré dans le vocabulaire international de la préhistoire.
La Saône-et-Loire n’existait pas, la France non plus, mais des êtres humains vivaient déjà ici.
Et ils avaient déjà compris quelque chose que toute l’histoire suivante allait confirmer : « Ici, on passe. »
La Saône avant la Saône-et-Loire. Les millénaires s’écoulent, les hommes se sédentarisent progressivement. Avec le Néolithique apparaissent agriculture, élevage, habitats plus permanents et nouvelles formes d’organisation sociale. Et un personnage essentiel de notre histoire s’impose : la Saône.
Nous la regardons aujourd’hui comme un élément du paysage. Pendant des siècles, elle fut une autoroute. Transporter des charges importantes par voie terrestre était difficile, lent et coûteux. Le fleuve permettait au contraire de déplacer des hommes et surtout des marchandises sur de longues distances. Or la Saône conduit au Rhône et ce dernier conduit à la Méditerranée. Ainsi existe très tôt un formidable corridor de circulation entre le monde méditerranéen et les régions situées plus au nord. Les découvertes archéologiques réalisées dans la vallée de la Saône, notamment autour de Chalon, témoignent de cette relation ancienne entre les hommes et le fleuve. Des embarcations anciennes, dont des pirogues monoxyles creusées dans un seul tronc, rappellent que naviguer est ici une histoire plurimillénaire.
L’âge du Bronze nous a également laissé des découvertes extraordinaires. À Blanot, près d’Autun, fut notamment découvert en 1982 un ensemble exceptionnel d’objets de bronze datant approximativement de la fin du IIᵉ millénaire avant notre ère. Le métal circule, les techniques circulent, les hommes circulent, bien avant les routes nationales, les autoroutes et le TGV, notre territoire est déjà connecté au monde qui l’entoure.
Puis viennent les Éduens. À la fin de l’âge du Fer, une grande partie de la Bourgogne méridionale appartient à l’espace des Éduens, l’un des peuples les plus puissants de la Gaule. Leur capitale est Bibracte, installée sur le mont Beuvray, aujourd’hui aux confins de la Saône-et-Loire et de la Nièvre.
Mais oublions quelques instants l’image du village gaulois. Bibracte est un oppidum, une véritable ville fortifiée où des milliers d’habitants peuvent y vivre. Artisans, commerçants, guerriers et familles puissantes s’y côtoient, on y travaille le métal, on y frappe monnaie, on y échange des marchandises venues de très loin.
Les milliers de fragments d’amphores retrouvés par les archéologues témoignent notamment de l’importance considérable du commerce du vin méditerranéen. Et les Éduens entretiennent avec Rome une relation tout à fait particulière. Ils ne sont pas initialement ses ennemis, bien au contraire. Ils bénéficient depuis longtemps d’un statut privilégié d’alliés et sont présentés par les sources antiques comme les « frères » du peuple romain.
Voilà qui rend la suite beaucoup plus intéressante. Lorsque César intervient en Gaule, les Éduens sont d’abord ses alliés. Mais la situation politique évolue. En 52 avant notre ère, ils finissent par rejoindre la coalition menée par Vercingétorix.
Bibracte devient alors l’un des lieux où se joue le destin de la Gaule et où Vercingétorix est confirmé à la tête de la coalition gauloise.
Puis vient Alésia, la défaite et Rome. César passe ensuite l’hiver à Bibracte et y rédige une partie de ses Commentaires sur la Guerre des Gaules. Ainsi, près de deux mille ans avant que quelqu’un songe à créer notre département, notre territoire est déjà mêlé à l’un des grands basculements de l’histoire européenne.
Le fleuve, autoroute de l’Antiquité. Mais si Bibracte domine les hauteurs, une partie essentielle de la richesse circule en bas, sur l’eau.
Deux villes prennent une importance considérable : Cabillonum, future Chalon-sur-Saône, et Matisco, future Mâcon. Leur situation n’a rien d’un hasard car toutes deux occupent des positions stratégiques sur la Saône. Les marchandises venues du bassin méditerranéen remontent le Rhône puis la Saône. Le vin italien arrive notamment en Gaule dans des quantités considérables, comme l’attestent les amphores retrouvées par l’archéologie. D’autres marchandises empruntent évidemment le chemin inverse. Ainsi se dessine un axe économique majeur reliant la Méditerranée aux régions plus septentrionales.
Et cela permet déjà de comprendre quelque chose de notre département contemporain. Mâcon et Chalon ne sont pas devenues des villes importantes parce qu’un administrateur révolutionnaire les aurait placées sur une carte. Elles occupaient depuis l’Antiquité des positions géographiques stratégiques. Les régimes passent, la géographie demeure.
Bibracte s’efface, Autun apparaît. Après la conquête romaine, Bibracte décline progressivement. Une ville nouvelle est créée à une vingtaine de kilomètres : Augustodunum, notre Autun. Rome ne construit pas modestement. Augustodunum doit montrer la puissance et les avantages de la civilisation romaine comme les remparts ; les portes monumentales, un théâtre, des temples, des voies urbaines, des équipements publics.
La ville devient l’un des grands centres de la Gaule romaine. Deux mille ans plus tard, Autun conserve encore dans son paysage les traces monumentales de cette époque. Et apparaît déjà une caractéristique que nous retrouverons tout au long de notre histoire : plusieurs centres importants coexistent sur le territoire. Autun possède son prestige politique, religieux et culturel, Chalon contrôle un point majeur de la Saône, Mâcon en contrôle un autre plus au sud, aucune ville n’écrase véritablement les autres. Retenons-le.
Lorsque les révolutionnaires chercheront en 1790 une capitale au nouveau département, cette géographie urbaine ancienne pèsera lourd.
Après Rome, le puzzle. L’Empire romain d’Occident disparaît. Burgondes, Francs puis Carolingiens recomposent progressivement l’espace, les siècles passent, les pouvoirs se multiplient et notre carte devient de plus en plus compliquée. Car ce qui formera un jour la Saône-et-Loire n’est toujours pas un territoire unique, il existe des pays comme l’Autunois, le Chalonnais, le Mâconnais, le Charolais, le Brionnais, la Bresse. Chacun possède son histoire, ses villes, ses familles dominantes, ses réseaux économiques et ses habitudes.
Et surtout, les frontières politiques, religieuses, judiciaires et fiscales ne coïncident pas nécessairement. Notre futur département ressemble à un puzzle dont personne n’a encore imaginé assembler les pièces. Puis, au Xᵉ siècle, une petite vallée du Mâconnais va placer ce territoire au centre de l’Europe chrétienne.
910 : quelque part près de la Grosne, l’Europe change. En 910, Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne, donne sa villa de Cluny afin qu’y soit fondé un monastère confié à l’abbé Bernon. L’événement pourrait rester local, mais il devient européen car la charte de fondation contient un principe essentiel. Le monastère bénéficie d’une autonomie remarquable à l’égard des puissances temporelles et des autorités épiscopales locales. Placé sous la protection des apôtres Pierre et Paul, il entretient un lien privilégié avec Rome. Ce statut constitue l’une des clés de la formidable réussite de Cluny. Le monastère n’est pas simplement l’établissement religieux d’un seigneur local, il dispose d’une liberté exceptionnelle. Et cette liberté va lui permettre de rayonner. Au fil des siècles, Cluny devient la tête d’un immense réseau monastique européen. Des centaines puis plus d’un millier d’établissements lui sont liés à des degrés divers. Les moines circulent, les manuscrits circulent, les techniques circulent, l’argent circule, les idées circulent.
Encore une fois : ici, on passe et on échange. Cluny devient l’un des grands centres spirituels, intellectuels et politiques de l’Occident médiéval. Son immense abbatiale, Cluny III, la Maior Ecclesia, devient la plus vaste église de la chrétienté occidentale avant l’édification de la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome. Il faut mesurer le paradoxe.
Aujourd’hui, Cluny est une petite ville de Saône-et-Loire. Pendant plusieurs siècles, son nom résonne dans toute l’Europe.
Autour de Cluny, la pierre se met à parler. L’influence clunisienne ne s’arrête évidemment pas aux murs de l’abbaye. Le Mâconnais, le Charolais et surtout le Brionnais conservent aujourd’hui une concentration remarquable d’églises romanes comme Anzy-le-Duc, Semur-en-Brionnais, Paray-le-Monial et tant d’autres.
Il faut toutefois se garder d’une simplification : toutes ces églises ne sont pas de petites copies de Cluny III. Mais les circulations d’artisans, de techniques, de modèles architecturaux et d’influences religieuses participent à la formation d’un extraordinaire paysage roman.
Les pierres que nous admirons aujourd’hui racontent donc elles aussi les échanges d’un monde dont l’un des grands centres se trouvait chez nous.
Pendant ce temps, les seigneurs se disputent le territoire. Le Moyen Âge n’est évidemment pas seulement celui des moines, c’est également celui des seigneurs, des comtes, des ducs, des évêques et des grandes familles. Châteaux et forteresses couvrent progressivement le territoire. Les comtes de Chalon exercent leur influence, les comtes de Mâcon la leur, les ducs de Bourgogne deviennent progressivement une puissance considérable. Puis apparaissent les grands ducs Valois de Bourgogne : Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et enfin Charles le Téméraire. Charles porte avant son accession au duché un titre qui nous intéresse particulièrement, il est comte de Charolais. Le Charolais est alors bien davantage qu’un pays d’élevage et de bocage. C’est une entité politique. Et son histoire va connaître une situation qui semble aujourd’hui presque invraisemblable.
Quand le Charolais regardait vers l’Espagne. Charles le Téméraire meurt en 1477, son immense construction politique se disloque. Mais le Charolais ne devient pas pour autant immédiatement français car, par le jeu complexe des mariages, successions et héritages dynastiques, le comté entre dans l’ensemble des possessions des Habsbourg, puis se trouve lié aux Habsbourg d’Espagne. Imaginez un instant notre carte contemporaine. Au milieu de territoires progressivement contrôlés par le royaume de France existe un comté relevant d’une dynastie dont le souverain règne notamment sur l’Espagne. Évidemment, les habitants du Charolais ne se mettent pas à parler espagnol, mais politiquement et juridiquement, leur territoire appartient à un ensemble distinct du royaume de France. La situation dure plus d’un siècle. En 1684, sous Louis XIV, le Charolais passe définitivement dans l’orbite française, même si son statut demeure particulier et si son histoire se poursuit notamment sous les princes de Condé. Voilà encore une leçon importante : les frontières que nous considérons aujourd’hui comme naturelles ne l’ont jamais été.
Et à l’est, la Bresse regarde vers la Savoie. Allons maintenant vers Louhans, ô nouvelle surprise. Une partie de la Bresse appartient pendant plusieurs siècles aux États de Savoie.
Elle suit donc une histoire différente de celle du cœur bourguignon. Ce n’est qu’en 1601, par le traité de Lyon conclu entre Henri IV et le duc de Savoie Charles-Emmanuel Iᵉʳ, que la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex passent au royaume de France, tandis que la Savoie obtient le marquisat de Saluces. Ainsi, au début du XVIIᵉ siècle seulement, une partie importante de l’est de notre futur département devient définitivement française. Nous sommes moins de deux siècles avant la création de la Saône-et-Loire. Autrement dit, le département rassemble aujourd’hui des territoires qui n’ont même pas appartenu au royaume de France depuis la même époque.
Alors, était-ce la Bourgogne ? Oui, mais avec un énorme astérisque. À la veille de la Révolution, l’essentiel de notre futur département appartient bien à l’ensemble bourguignon.
Seulement voilà : parler de « la Bourgogne » comme nous parlerions aujourd’hui d’une région administrative donne une image complètement fausse de la France d’Ancien Régime.
Plusieurs cartes se superposent car il y a les gouvernements, les généralités, essentielles notamment pour l’administration fiscale, les bailliages et autres juridictions, les diocèses, les seigneuries, les États provinciaux. Et leurs limites ne se recouvrent pas nécessairement. Le terme a été inventé beaucoup plus tard, mais nous avons à faire à un sacré mille-feuilles, n’allant d’ailleurs pas toutes dans le même sens. Un habitant peut donc dépendre d’une circonscription pour ses impôts, d’une autre pour la justice et d’une autre encore pour les affaires religieuses.
L’Autunois, le Chalonnais, le Mâconnais, le Charolais, le Brionnais et la Bresse conservent en outre leurs propres identités. Un habitant ne pense pas nécessairement son territoire comme nous le faisons aujourd’hui. Il appartient d’abord à une paroisse, puis à une communauté, à un pays, à une ville et à son arrière-pays. La France existe, la Bourgogne aussi, mais la Saône-et-Loire, elle, toujours pas.
Et les habitants dans tout cela ? Car les ducs, les abbés, les comtes et les rois risquent de nous faire oublier ceux qui ont réellement fabriqué le territoire. Pendant tous ces siècles vivent ici des milliers puis des centaines de milliers d’hommes et de femmes dont nous ne connaîtrons jamais le nom. Ils cultivent, élèvent, défrichent, plantent les vignes, vendangent, coupent le bois, forgent, construisent, naviguent, transportent, commercent, fréquentent les foires et les marchés. Ils connaissent les guerres, les épidémies, les mauvaises récoltes et parfois la faim, paient taxes, impôts, droits et dîmes. Ils bâtissent les villages, tracent les chemins, creusent les fossés, plantent les haies, façonnent les paysages. Car même un paysage possède une histoire, en effet, le Charolais n’est pas né couvert de bocage, le Mâconnais n’a pas toujours été couvert de vignes. Les paysages que nous considérons aujourd’hui comme « naturels » sont aussi le résultat du travail accumulé de générations d’hommes et de femmes.
La grande Histoire conserve le nom des princes, la terre conserve le travail des anonymes.
Et toujours cette géographie. Nous pouvons maintenant revenir à notre carte. La future Saône-et-Loire n’est donc pas une unité politique naturelle, mais elle possède une certaine cohérence géographique. À l’est, la Saône constitue depuis des millénaires un axe majeur de circulation, à l’ouest, la Loire ouvre sur un autre immense bassin fluvial. Entre les deux se trouvent vallées, seuils et passages. Cette situation va d’ailleurs donner naissance, à la fin du XVIIIᵉ siècle, à une idée extraordinaire qui consiste à relier les deux bassins.
Relier la Saône à la Loire, ce sera le rôle du canal du Centre. Et cette fois, la géographie millénaire du territoire va rencontrer une révolution nouvelle, c’est la révolution industrielle.
Le charbon pourra circuler, le fer également. Puis apparaîtront les grandes usines, les mines, les bateaux industriels et les chemins de fer. Le Creusot changera de dimension, Blanzy et Montceau deviendront le cœur d’un bassin minier, Gueugnon développera son industrie, Chalon renforcera ses activités, des milliers d’ouvriers viendront transformer le territoire.
Mais nous n’en sommes pas encore là.
1789 : maintenant, il faut simplifier la France. À la veille de la Révolution, notre territoire possède donc une histoire immense, mais aucune existence administrative commune.
Solutré a vu les chasseurs préhistoriques, Bibracte a vu Vercingétorix et César, Autun a connu Rome, Chalon et Mâcon ont grandi avec la Saône, Cluny a rayonné sur l’Europe, les ducs de Bourgogne ont gouverné une partie du territoire, le Charolais a connu les Habsbourg, la Bresse a appartenu aux États de Savoie. Pendant ce temps, des générations de paysans, artisans, commerçants, bateliers, religieux, éleveurs et vignerons ont façonné le paysage.
Mais aucun d’entre eux n’a jamais pu dire : « Je suis Saône-et-Loirien. »
Puis arrive 1789, les révolutionnaires veulent changer le régime politique. Mais ils veulent également rationaliser un royaume devenu un extraordinaire enchevêtrement administratif. Les privilèges sont attaqués, les anciennes structures provinciales doivent être remplacées, il faut simplifier, uniformiser, rapprocher l’administration du citoyen. Alors les révolutionnaires prennent une décision vertigineuse, celle de redessiner la France.
Les anciennes provinces vont perdre leur rôle administratif, des départements seront créés, il faudra leur donner des frontières, des administrations, des chefs-lieux et même des noms.
Des noms que l’on préfère souvent tirer de la géographie plutôt que des anciennes dynasties ou principautés. Chez nous, deux cours d’eau vont fournir le leur, la Saône et la Loire.
Entre les deux va naître un département qui s’appellera la Saône-et-Loire.
Sur le papier, quelques mois suffiront, mais une carte peut-elle fabriquer une identité ?
Comment convaincre un Bressan, un Charolais, un Brionnais, un Autunois, un Chalonnais ou un Mâconnais qu’ils appartiennent désormais au même territoire ? Et surtout, où installer le pouvoir de ce nouveau département ? À Autun, héritière de Rome ? À Chalon, grande ville commerçante de la Saône ? À Mâcon, porte méridionale du territoire ?
La Saône-et-Loire vient à peine de naître que commence déjà une bataille très politique : celle de sa capitale.
À suivre…
Épisode 2 — 1790 : comment la Révolution inventa la Saône-et-Loire, comment furent tracées ses frontières et pourquoi Mâcon devint sa préfecture.
Gilles Desnoix
Sources : Grand Site de France Solutré Pouilly Vergisson, Musée de Préhistoire de Solutré, Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), Musée Denon de Chalon-sur-Saône, Bibracte – Mont Beuvray, Centre des monuments nationaux – Abbaye de Cluny, Ministère de la Culture, Archives départementales de Saône-et-Loire, France Archives, Encyclopédie Larousse, César, Commentaires sur la Guerre des Gaules. Société d’histoire et d’archéologie de Chalon-sur-Saône, Académie de Mâcon, Centre de castellologie de Bourgogne, Université de Bourgogne, Bibliothèque nationale de France – Gallica



