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lundi 19 janvier 2026 à 06:21

 La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.



 

La Claudine ne dit pas « c’était mieux avant », elle dit juste qu’avant, quand on disait une bêtise, ça s’arrêtait à la table de la cuisine ou au comptoir du PMU. Aujourd’hui, la moindre phrase de travers fait le tour du pays plus vite que le bus Montceau–Chalon, et encore, quand il n’est pas supprimé.

 

La Claudine regarde tout ça de son canapé, avec son café tiède et les infos en fond sonore. Et franchement, parfois, elle ne sait pas s’il faut rire ou soupirer.

Tiens, là, juste cette semaine, la France entière a passé trois jours à débattre d’un mot mal choisi, d’une veste jugée déplacée, d’un regard interprété de travers, d’un sourire crispé, d’un œil rouge. Trois jours. Pendant ce temps-là, des décisions importantes sont passées soit à la trappe parlementaire, soit comme une lettre à la poste, mais sans facteur et sans destinataire. Ça, ça n’a dérangé pas grand monde : Show must go on.

 

Ce qui frappe, ce n’est pas que les gens s’énervent. Ça, on l’a toujours fait. C’est qu’on s’énerve tout de suite, tous ensemble, et souvent pour pas grand-chose. On juge avant de comprendre, on condamne avant de vérifier, et surtout, on ne revient jamais sur son avis. Revenir en arrière, apparemment, c’est devenu une faute morale.

 

Et puis la Claudine qui vitupère souvent contre les « influenceurs » en a assez des modes. Ah, les modes. Un jour il faut manger ceci, le lendemain surtout pas. Un jour il faut penser comme ça, le lendemain c’est suspect. Un jour on vous explique que ce gadget va changer votre vie, le mois d’après il finit dans un tiroir avec les chargeurs qu’on n’ose plus jeter “au cas où”.

 

La Claudine voit pourtant, autour d’elle, des gens très investis pour défendre des causes très sérieuses… s’exciter aussi entre deux vidéos de chats et un débat enflammé sur un détail complètement anecdotique. Tout est important, donc plus rien ne l’est vraiment.

 

Ce qui amuse la Claudine,  jaune, certes, c’est cette impression que tout le monde sait tout, tout de suite. Plus besoin de réfléchir longtemps, ni d’écouter quelqu’un qui s’y connaît. Une opinion, ça se fabrique en cinq minutes, et si possible avec beaucoup de certitudes. Le doute, c’est devenu louche. Dire “je ne sais pas”, presque un aveu de faiblesse. Et pourtant, quand on gratte un peu, on sent bien que les gens sont surtout fatigués. Fatigués de comprendre, fatigués de s’indigner, fatigués de ne pas voir leurs indignations changer grand-chose à leur quotidien. Alors on s’accroche à ce qui passe, à ce qui fait réagir vite, à ce qui donne l’impression d’exister dans le brouhaha général. On s’indigne beaucoup, oui. Mais on continue à vivre pareil. Pas par méchanceté. Par lassitude. Par manque de temps. Par sentiment que, de toute façon, ça nous dépasse.

 

La Claudine regarde ça avec un mélange de tendresse et de découragement. Parce que derrière ces petites absurdités, ces polémiques ridicules et ces emballements collectifs, elle voit surtout une société un peu perdue, saturée d’informations, mais affamée de sens.

Alors elle referme le journal, éteint la télé et la radio, regarde par la fenêtre, et se dit que penser tranquillement, sans hurler, sans liker, sans condamner dans la minute, c’est peut-être devenu la chose la plus subversive qui soit.

 

Et ça, franchement, elle ne l’avait pas vu venir.

 

Gilles Desnoix

 

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