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lundi 29 juin 2026 à 05:14

La Claudine aime bien les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu…



 

 

 

Ce week-end, la Claudine n’a pas regardé la météo, elle l’a subie, pas que dehors mais aussi et surtout à la télévision.

Depuis vendredi, impossible d’y échapper. Les écoles deviennent des bouilloires thermiques, les Ehpad se transforment en fours à chaleur tournante. Les salles de classe fondent plus vite que les bâtonnets glacés et les journalistes parlent de dômes de chaleur, de vagues de chaleur, de chaleur extrême, de chaleur historique… À ce rythme-là, la Claudine s’attend presque à voir apparaître un bulletin météo spécial pour annoncer la température du grille-pain. Elle a pourtant une mémoire qui fonctionne encore correctement, enfin… quand il ne fait pas quarante degrés, elle se souvient que tout cela parce qu’elle l’entend depuis longtemps, très longtemps, trop longtemps.

Alors elle s’est posé une question toute simple. Depuis combien de temps nos gouvernants parlent-ils des écoles qui deviennent des fours, des Ehpad qui étouffent et des logements impossibles à rafraîchir ? La réponse l’a laissée un peu rêveuse, en effet en y réfléchissant bien ça fait depuis plus de vingt ans. En fait 23 ans depuis la terrible canicule de 2003, qui avait brutalement rappelé que la chaleur pouvait tuer autant qu’un hiver rigoureux. Depuis, les rapports parlementaires se sont empilés, les commissions d’enquête aussi. Les plans nationaux canicule ont été créés. Les alertes sont devenues plus précises. Les communes recensent les personnes fragiles. Les préfets déclenchent des dispositifs. Les maires ouvrent parfois des salles climatisées. Les hôpitaux sont mieux préparés.

Bref, la Claudine sait bien que l’on ne peut pas dire que rien n’a été fait, mais que l’on ne peut pas dire non plus que le problème soit réglé. Parce que le véritable sujet n’est peut-être pas celui que l’on montre tous les soirs aux journaux télévisés. Le vrai sujet, ce sont les murs.

Construire un plan canicule prend quelques semaines, rénover quarante mille écoles prend plusieurs décennies, isoler un Ehpad coûte plusieurs millions d’euros, transformer un collège des années 1960 en bâtiment supportable en été exige des travaux lourds. Et pendant ce temps-là, les majorités changent comme les ministres, comme les oppositions, les slogans changent. Mais la chaleur, elle, revient tous les étés.

La Claudine a alors remarqué quelque chose d’assez amusant : quand la droite gouverne, la gauche explique qu’on abandonne les écoles ; quand la gauche gouverne, la droite explique qu’on abandonne les écoles ; et quand personne ne gouverne très longtemps, tout le monde explique que c’est la faute de ceux d’avant. Finalement, la seule chose qui ne change jamais, c’est la température.

La Claudine se dit : « Soyons honnêtes, la rénovation thermique n’est pas seulement un sujet écologique, ni seulement un sujet sanitaire, ni seulement un sujet budgétaire : c’est surtout un sujet politique au sens noble parce qu’il oblige à penser à vingt ou trente ans.

Or la démocratie adore les élections tous les cinq ou six ans, le béton, lui, vote beaucoup moins souvent.

La Claudine entend aussi les grandes batailles sur la climatisation, les uns jurent qu’il faut climatiser partout, les autres répondent que la climatisation réchauffe les villes. Les premiers parlent d’urgence, les seconds parlent d’isolation. Pendant ce temps-là, les instituteurs ouvrent les fenêtres à six heures du matin et ferment les volets à dix heures, le bon sens continue de faire ce qu’il peut.

Alors la Claudine se demande parfois si la France ne souffre pas moins d’un excès de chaleur que d’un excès de commentaires. , chaque canicule produit son concours de responsables puisque les maires accusent l’État, l’État rappelle que les écoles appartiennent aux communes qui répondent qu’elles n’ont pas les moyens et c’est vrai aussi car depuis des décennies l’État se décharge beaucoup sur les collectivités locales sans affecter les ressources nécessaires et même en réduisant d’année en année ces dernières.  Les régions expliquent qu’elles financent déjà beaucoup, les départements rappellent leurs propres difficultés, les parlementaires réclament des milliards, le ministre annonce un plan, l’opposition demande un autre plan. Puis l’automne arrive et on reparle des retraites ou du pouvoir d’achat, ou des pesticides.

Et les bouilloires thermiques retournent tranquillement hiberner jusqu’au mois de juin suivant.

La Claudine n’a pas de solution miracle mais elle sait seulement qu’une école se rénove beaucoup plus lentement qu’un plateau de télévision et elle sait aussi qu’un arbre met vingt ans à faire de l’ombre, mais seulement quelques minutes à être coupé. La Claudine sait enfin que les vraies politiques publiques sont souvent celles dont personne ne parle parce qu’elles durent plus longtemps qu’un mandat électoral. Alors elle espère qu’un jour, lorsque les caméras reviendront filmer une école en plein mois de juin, le journaliste pourra enfin annoncer une véritable nouveauté : « Cette année, il fait encore très chaud… mais cette fois, les enfants sont au frais. »

Et ça, reconnaît la Claudine, ce serait enfin une information qui ne fondrait pas dès le premier orage.

 

Gilles Desnoix

 

 

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