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lundi 21 septembre 2026 à 02:52

La Claudine aime bien le week-end, mais parfois le lundi est le bienvenu.



À Montceau, on honore la Résistance, on défend l’hôpital, on cherche du travail et l’on regarde grimper le prix du plein. La Claudine essaie de suivre le mouvement, pourtant elle avait prévu une semaine tranquille. Elle avait même envisagé de ranger un placard, ce qui, chez elle, relève moins du ménage que de l’archéologie. Puis elle a ouvert le journal. À Montceau, on reconstituait la remise de la médaille de la Résistance, quatre-vingts ans après la cérémonie de 1946. Des véhicules anciens, une fanfare, des habitants et des élus : le passé reprenait place dans les rues.

La Claudine aime ces moments-là. Elle sait que derrière le cérémonial, il y eut des gens qui eurent peur, qui agirent quand même, et dont certains ne sont jamais revenus. Elle aime aussi que l’on ait rappelé la place des ouvriers, des mineurs, des femmes et des étrangers. La mémoire du bassin n’a jamais tenu dans une seule poche ni porté un seul nom de famille.

Une chose l’a fait sourire : la médaille présentée lors de la reconstitution n’était, semble-t-il, pas l’originale, qui aurait disparu. Voilà bien une fantaisie du réel. On peut égarer une médaille ; on aurait davantage de mal à égarer toute une ville. Encore faut-il qu’elle se souvienne de ce que la décoration raconte.

Le même mardi, devant l’hôpital Jean-Bouveri, près de quatre-vingts personnes se rassemblaient à l’appel de la CGT. Les représentants des personnels parlaient d’effectifs insuffisants, de fatigue et de moyens nécessaires pour soigner convenablement. La Claudine s’est arrêtée sur cette coïncidence de calendrier. D’un côté, on rappelait comment des habitants avaient défendu un bien commun. De l’autre, on demandait comment continuer à en faire vivre un. Elle se garde bien de comparer les épreuves. Elle se demande simplement ce que deviennent les grands principes lorsqu’ils prennent la forme d’un patient à accompagner et d’un soignant qui termine son service trop tard.

La Claudine ne possède pas la formule magique pour faire apparaître du personnel et des crédits. Si elle la possédait, elle en distribuerait une copie à chaque service, avec le café. Elle se demande seulement si l’on écoute assez longtemps ceux qui y travaillent et ceux qui y attendent. Dans les cérémonies, il est facile de se tenir droit pendant une minute de silence. Dans un couloir d’hôpital, le courage ressemble parfois à huit heures debout de plus.

Sur la route, une autre préoccupation n’a besoin ni de discours ni de défilé pour se faire remarquer : le prix du carburant. Le gazole atteignait environ 2,29 euros le litre en moyenne nationale lors de la semaine du 11 septembre. La Claudine a lu les explications sur les marchés internationaux, le raffinage et les taxes. Elle sait que le prix ne naît pas mystérieusement derrière le panneau lumineux de la station-service. Mais le conducteur, lui, le rencontre là, chiffre après chiffre, avant même d’avoir tourné la clé.

Dans le bassin minier, tout le monde ne peut pas remplacer sa voiture par une bonne résolution. Il faut rejoindre son poste tôt le matin, aller travailler dans une autre commune, conduire un proche à un rendez-vous ou parcourir sa tournée d’aide à domicile. La Claudine entend souvent conseiller aux gens de « moins rouler ». Conseil remarquable, auquel personne n’a pensé lorsqu’il fallait être à l’usine à six heures ou chez un patient à sept. Alors elle compte. Dix centimes de plus par litre, sur un plein de cinquante litres, font cinq euros. Répétés plusieurs fois dans le mois, ces cinq euros cessent d’être une abstraction. Ils deviennent ce que l’on retire ailleurs. La hausse ne prend pas la même place dans tous les budgets ; elle est particulièrement indiscrète dans ceux qui n’ont déjà plus beaucoup d’espace.

Cette semaine, heureusement, les bus monRéZO sont gratuits du 14 au 22 septembre, transport à la demande compris. À la résidence des Peupliers, une quinzaine de personnes âgées ont découvert le réseau et les façons de l’utiliser. La Claudine trouve l’initiative utile. Elle sait que, pour quelqu’un qui a longtemps conduit, prendre un bus inconnu peut demander davantage d’audace qu’on ne l’imagine. Elle se pose aussi la question pratique qui vient après la semaine gratuite : le bus passe-t-il à la bonne heure, suffisamment près de chez soi, et ramène-t-il les gens après leur rendez-vous ? C’est ainsi que l’on mesure une solution de transport : au trajet de retour.

La semaine a également trouvé le temps de s’occuper des trottinettes et des vélos électriques. Mercredi, policiers nationaux et municipaux ont mené une opération de contrôle en centre-ville, avec une intention annoncée de pédagogie et, si nécessaire, de verbalisation. La Claudine approuve que l’on puisse traverser une rue sans devoir développer les réflexes d’un gardien de but. Elle espère seulement que les jeunes gens contrôlés retiendront mieux la règle que les adultes qui, sur le trottoir, la leur expliqueront peut-être tout en regardant leur téléphone.

À Blanzy, Michelin annonce de son côté une journée de recrutement le 3 octobre, avec plus de dix postes de maintenance à pourvoir. La Claudine accueille volontiers la nouvelle. Elle pense aux jeunes qui cherchent un métier, aux personnes qui veulent retrouver une place, et à ceux qui possèdent déjà un savoir-faire sans toujours trouver où l’employer. Elle espère qu’au terme de la journée, quelques candidats repartiront avec mieux qu’une brochure et un stylo portant le nom de l’entreprise. Un emploi, par exemple, serait un souvenir assez pratique.

Puis est venue l’annonce des vingt ans du jumelage entre Montceau et Żory, ville polonaise elle aussi marquée par la mine. Les festivités auront lieu les 3 et 4 octobre. Il y sera question de rencontres, d’art et de ces familles venues d’ailleurs qui ont contribué à bâtir le bassin. La Claudine songe à tous ces patronymes qu’on prononce aujourd’hui sans y penser, après avoir parfois demandé autrefois à leurs premiers porteurs d’où ils venaient et quand ils comptaient repartir. Ils sont restés. Ils ont travaillé, aimé, élevé des enfants. Ils ont fait le pays avec les autres, ce qui demeure une manière assez convaincante d’y appartenir.

Ce week-end, les Journées du patrimoine offriront une autre promenade dans l’histoire locale. La Claudine ira peut-être voir une ancienne usine ou un bâtiment devant lequel elle passe d’ordinaire sans lever les yeux. Elle apprécie qu’on ouvre ces portes. Elle se demande aussi qui les entretient les trois cent soixante-trois autres jours de l’année. Le patrimoine possède cette particularité : on l’aime volontiers en septembre, mais il continue de prendre l’eau en novembre.

Ainsi va le bassin cette semaine. Une médaille rappelle le courage d’hier. Des soignants et des habitants parlent de l’hôpital d’aujourd’hui. Une usine cherche des mains et des compétences. Un bus gratuit offre l’occasion d’essayer un autre trajet. Le prix du gazole, lui, n’attend pas que chacun ait trouvé une solution.

La Claudine trouve que la mémoire a de bonnes jambes : elle nous accompagne longtemps, pour peu qu’on accepte de marcher avec elle. Elle n’exige pas que chaque cérémonie résolve les difficultés du présent. Ce serait beaucoup demander à une fanfare, même excellente. Mais si les mots prononcés devant les monuments pouvaient de temps en temps nous suivre jusqu’à l’hôpital, jusqu’au travail et jusqu’à la pompe, elle ne s’en plaindrait pas.

Pour son placard, en revanche, elle a trouvé une excuse. Il appartient désormais au patrimoine familial. La visite guidée est gratuite ; les travaux sont reportés.

 

Gilles Desnoix

 

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