La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.
Cette semaine, Montceau a couru sous les couleurs, chanté à l’Embarcadère et traversé la passerelle pour les grattons.
La Claudine a suivi le mouvement. Elle a aussi tendu l’oreille aux nouvelles de la gare et de l’hôpital : dans une ville, les lieux où l’on se retrouve comptent autant que les fêtes qui nous y conduisent.
Mercredi, Festi’Campus a semé ses couleurs au parc Maugrand. Les étudiants ont couru dans un nuage de poudre avant de poursuivre la fête en soirée au Sheffield. À Blanzy, près de 300 jeunes des formations infirmières et préparatoires ont partagé un repas d’intégration. La Claudine aime voir une rentrée commencer ainsi : avec des visages à retenir, des conversations à poursuivre et, pour certains, des vêtements qu’il faudra laver deux fois.
Vendredi, plus de cinquante volontaires ont retroussé leurs manches pour nettoyer la Bourbince et ses berges, des Alouettes jusqu’au site de Lucy. Salariés, élus et riverains ont travaillé côte à côte. La Claudine les remercie. Elle espère seulement que l’an prochain ils trouveront moins à ramasser : ce serait la plus belle récompense de leur travail.
Samedi, la foire aux grattons avait changé de rive. Des problèmes d’armoires électriques l’avaient conduite sur l’esplanade des Droits de l’homme, devant l’Embarcadère. On avait discuté du déplacement, comme il se doit à Montceau. Puis les habitués ont traversé la passerelle, retrouvé les étals, l’accordéon et ces connaissances qu’on croise « juste cinq minutes » avant de refaire le monde avec elles. La foule était au rendez-vous. La Claudine en conclut qu’un gratton bien entouré possède un remarquable sens de l’orientation.
À quelques pas, le festival BAM a fait entendre une autre musique pendant trois soirées. Nicoletta et François Feldman ont ouvert le bal devant quelque 600 personnes ; Bleu Soleil, FFF et Joey Starr Sound System ont pris le relais le lendemain devant environ 650 spectateurs. La Claudine laisse à chacun ses goûts. Il faut bien plusieurs générations de chansons pour que tout le monde ait quelque chose à fredonner faux dans sa cuisine.
Ce week-end, Montceau accueillait aussi la cinquième manche du championnat de France de voitures radiocommandées sur le circuit du CMARC. Samedi était consacré aux essais et aux qualifications ; dimanche, place aux courses et aux récompenses. Des pilotes venus des quatre coins de l’Hexagone, parmi lesquels des champions de France, d’Europe et du monde, s’y sont affrontés. Il y a eu quelques sorties de piste et de la casse, heureusement sans drame pour les personnes. La Claudine admire le sang-froid nécessaire pour piloter ces bolides. Elle connaît des automobilistes qui perdent le leur pour une simple place de stationnement.
Elle salue aussi les bénévoles du CMARC et les collègues venus donner un coup de main depuis Mâcon, Chalon, Nevers et d’autres clubs. Les prix se gagnent sur la piste ; pour que la course ait lieu, il faut beaucoup de monde autour. Les associations, décidément, savent ce qu’il faut mettre dans le moteur.
Puis les nouvelles se font moins légères. La CNL alerte sur une fermeture annoncée du guichet de la gare au 12 décembre. Cette échéance reste à confirmer auprès de la SNCF, mais l’inquiétude est réelle. La Claudine pense à ceux qui ont besoin d’acheter un billet, de comprendre une correspondance ou simplement de poser une question à quelqu’un. Un train peut toujours passer ; encore faut-il pouvoir y monter sereinement.
Et voici que le nom de Jean Bouveri, attaché à l’hôpital, continue de susciter des réactions. Un nom sur un bâtiment, ce sont aussi des souvenirs, un repère, une part de l’histoire locale. La Claudine aimerait qu’on écoute ceux qui le prononcent depuis des années avant de le laisser disparaître.
Jeudi, enfin, la rapporteure publique a proposé au tribunal administratif le rejet des recours contre l’élection municipale. La décision du tribunal reste à venir. La Claudine ne distribue donc ni certificat de victoire judiciaire ni mouchoir de défaite. À Montceau, même une semaine de musique et de grattons garde une petite place pour la politique.
Dimanche soir, elle repense aux étudiants couverts de couleurs, aux bénévoles près de la Bourbince, aux pilotes penchés sur leurs voitures et aux voisins retrouvés à la foire. Voilà une ville qui sait encore se réunir. La Claudine serait bien restée un peu plus longtemps aux grattons. Mais entre la gare, l’hôpital et les résultats des courses, elle avait encore du pain sur la planche. Avec les grattons, au moins, elle savait quoi en faire.
Gilles Desnoix



