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mardi 5 août 2025 à 04:57

Vacances, solitude et silence : quand les animations estivales laissent nos aînées sur le bas-côté



 

 

Une pensée de Montceau News pour celle (et ceux) qui restent dans leur coin pendant les vacances sans personne. Il y a 3 femmes seules pour un homme. Elles s’appellent Simone, Odette ou Mireille. En plein été, sans voiture, sans famille à proximité, et sans moyens, elles regardent la vie passer… sans y être invitées.

 

Elle habite dans le centre-bourg ou peut-être dans une résidence un peu excentrée, là où les loyers sont plus bas et les voisins souvent absents. Elle s’appelle peut-être Simone, ou Mireille. Elle a 84 ans. Et cet été, comme les précédents, elle le passe seule.

Car pendant que les autres prennent la route du retour ou déballent encore leurs valises, elle est restée. Non par choix, mais par contrainte. Sa retraite — 928 euros par mois — ne lui permet pas les folies des séjours intergénérationnels ni les petites sorties en navette touristique. Et sans voiture, les animations annoncées dans les villages voisins restent lettre morte.

 

L’été est souvent présenté comme une période joyeuse, festive, ponctuée de bals, de marchés gourmands, de feux d’artifice et de concerts de rue. Mais pour certaines femmes âgées, l’été est une saison de plus à cocher, un tunnel de silence entre la dernière visite d’un proche et le prochain passage d’une infirmière.

Quand tout le monde est « en vacances », les services ralentissent, les proches s’éloignent, les bus s’espacent. Même les habitués de la petite épicerie partent au soleil. Et elle, sans permis, sans transports, sans réseau, reste chez elle. Parfois sans voir personne pendant plusieurs jours.

 

Il ne faut pas se méprendre : elle ne se plaint pas facilement. Elle a trop vu, trop vécu, pour pleurnicher à la première contrariété. Ce qui lui manque, ce n’est pas tant le feu d’artifice que la possibilité d’en parler. Ce n’est pas la buvette municipale, mais la main qui l’aurait accompagnée jusqu’au banc, histoire de ne pas tomber.

Et pourtant, elle rit. D’un oiseau mal coiffé sur le rebord de la fenêtre. D’un mot entendu à la radio. Des feuilletons rediffusés qui la font lever un sourcil moqueur. C’est son humour qui la tient droite. C’est sa dignité qui l’empêche de demander.

 

Les mairies, les centres sociaux, les associations ne manquent pas d’idées pour animer l’été. Mais trop souvent, ces propositions ne s’adressent pas – ou pas assez – à celles qui ne peuvent pas se déplacer, qui n’ont pas Internet pour s’inscrire, ou simplement qui ne savent pas que ces services existent.

Et quand l’animation est à huit kilomètres, sans voiture ni covoiturage, elle devient inaccessible. On pense parfois qu’il suffirait d’emmener ces « mamies » quelque part. Mais on oublie que ce « quelque part » demande une logistique, une attention, un relais humain que plus personne ne prend le temps d’organiser.

 

On ne construit pas un été solidaire sur des affiches colorées.
Simone ne veut pas qu’on la plaigne. Elle veut juste vivre, encore un peu, avec les autres. Pas enfermée dans un silence confortable pour les autres, mais libre de sortir, de rire, de parler. L’inclusion des aînées n’est pas une faveur, c’est une urgence.

La question à se poser en plus de celles qui dirigent les choix d’animations, de manifestations n’est-elle pas « qui est assez proche pour y venir… et qui est en train d’être oubliée ? ». Se poser la question amènera sans doute à chercher la bonne réponse et à trouver des solutions.

 

Gilles Desnoix

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