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lundi 5 janvier 2026 à 05:42

La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.



 

 

Parenthèse festive, drames bien réels et résolutions fragiles, pour commencer l’année, la Claudine avait envie d’une chronique sur cette période à double visage.

En effet, entre Noël et le Jour de l’An, le pays se met officiellement en veille. La fameuse trêve des confiseurs. Un mot sucré pour une période un peu molle, où tout est censé ralentir. Sur le papier, seulement.

Les vitrines brillent, les verres tintent, les conversations montent d’un demi-ton. On mange trop, on boit un peu plus que prévu, on se souhaite du bien à la chaîne. “On se revoit l’an prochain”, comme si c’était une promesse sérieuse. Ici, en Bourgogne-Franche-Comté, dans le bassin minier de Montceau, on connaît ces moments-là : on fête, oui, mais on garde toujours un œil sur la réalité.

La Claudine constate d’années en années que côté presse, c’est la saison des marronniers. Inusables. Indétrônables. « Comment survivre aux repas de famille », « Ces résolutions que vous ne tiendrez pas », « Les excès des fêtes », « La détox pour repartir du bon pied », etc., etc. Ils reviennent chaque année, bien rangés, rassurants. Si les marronniers tiennent, c’est que le monde tient encore.

À la télévision, même ambiance. Rediffusions à tous les étages. Les mêmes films, les mêmes téléfilms, les mêmes “meilleurs moments”, les 100 plus… ». Et, bien sûr, les bêtisiers. Des gens qui glissent, bafouillent, se trompent. On rit. Ou on laisse tourner. Parce que ça fait partie du décor de fin d’année.

Pendant que certains prolongent l’apéritif, d’autres affrontent le froid. Le vrai. Celui qui n’a rien de festif. Les SDF, eux, ne connaissent ni trêve ni parenthèse. Noël ne réchauffe pas le bitume. Le jour de l’An n’adoucit pas la nuit.

Pour la Claudine, c’est là que le dédoublement apparaît. D’un côté, les vœux, les sourires, les tables bien garnies. De l’autre, les maraudes, les thermos, les couvertures distribuées en silence. Deux mondes parallèles, qui se frôlent sans toujours se regarder. On fait comme si tout était suspendu, alors que tout continue. Simplement, on en parle moins. On attend janvier pour les sujets sérieux.

Sauf que la réalité, parfois, refuse d’attendre. Le drame de Crans-Montana, survenu en pleine période festive, est venu brutalement rappeler que la fête n’est jamais un bouclier. Pendant qu’on comptait les secondes avant minuit, la tragédie a remis les pendules à l’heure. La Claudine a encore du mal à remettre ses idées en place lorsqu’elle pense à la douleur des blessés, aux derniers instants de morts, aux affres des familles.

D’un coup, les feux d’artifice lui paraissent plus fragiles. Les “bonne année, surtout la santé” sonnent moins mécaniques. La Saint-Sylvestre perd un peu de son vernis. Et laisse place à quelque chose de plus vrai.

À Montceau, on sait depuis longtemps que la solidarité ne se décrète pas à dates fixes. Elle se pratique surtout quand il fait froid, quand ça va mal, quand personne n’applaudit.

Puis arrive le 1ᵉʳ janvier. Inévitable. Les cotillons au sol, le ménage de dingue à faire pour que la maison recommence à ressembler à quelque chose de civilisé, la voix un peu rauque, les vœux qui continuent de circuler, mais avec moins d’enthousiasme.

Place au Dry January. L’eau devient tendance, le sucre suspect, l’alcool indésirable. Les bonnes résolutions débarquent : manger mieux, bouger plus, dépenser moins, vivre mieux. Être une version améliorée de soi-même, sans mode d’emploi.

Pendant ce temps-là, les hausses et les changements n’ont pas pris de vacances. Factures, règles, contraintes du quotidien : la vraie vie reprend exactement là où elle s’était arrêtée.

La Claudine, comme les autres, range les guirlandes, éteint les rediffusions, replie la parenthèse. La trêve des confiseurs révèle ce qu’elle est vraiment : une pause symbolique, utile sans doute, mais fragile. Comme un bug du sablier.

Ici, dans le bassin minier, on le sait bien, la Claudine le sait aussi, que la chaleur humaine ne dépend pas d’un calendrier. Et surtout on sait garder les yeux ouverts sur la réalité du quotidien, pour soi et pour les autres.

La vraie résolution, ce serait peut-être celle-là : ne pas refermer les yeux une fois les fêtes passées. Parce que le réel, lui, ne fait jamais de rediffusion.

 

Gilles Desnoix

 

 

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